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Le jour se rêve

Création été/automne 2020

La danse et le présent n’ont pas d’autre solution que de s’entendre. L’une pour se déployer, l’autre pour s’incarner. Danse et présent seraient amis pour la vie, s’ils ne devaient mourir ensemble à peine engendrés. C’est leur beauté, leur raison d’être, leur sort.
Parfois, la danse, afin de souscrire à l’ici et maintenant que le corps des interprètes lui impose, se cherche des thèmes qui la protège du présent : la mythologie, le répertoire, les hommages. Pendant ce temps, au dehors, hors studio, hors scène, le présent ne l’attend pas.
Avec le Jour se rêve, Jean-Claude Gallotta souhaite saisir au vol ce présent qui n’attend pas, l’inviter à venir sur la scène. Il l’a déjà fait, parfois au coin d’une séquence, quand le fond de scène était la rue en direct ; quand il a invité, souvent, des gens à venir montrer la force poétique du geste hésitant une fois chorégraphié. Le Jour se rêve va poursuivre plus avant cette réflexion : ces corps qui racontaient sur la scène des épopées d’autrefois ou des destinées imaginaires ne pourraient-ils pas avec la même intensité, sans la profondeur du temps, raconter leur propre aventure dans ce monde-ci, craintes et espoirs mêlés, tous humains confondus ? « La danse est tout simplement une poésie générale de l’action des êtres vivants » dit Paul Valéry.
Pour l’aider dans son entreprise le chorégraphe a fait appel à Rodolphe Burger, l’explorateur de nouveaux espaces sonores, le musicien qui mêle la pop à la philosophie, qui « fréquente » Beckett et Johnny Cash, Büchner et Lou Reed, en un mot qui réussit la rare alchimie de l’élitaire et du populaire.
Ainsi, le Jour se rêve sera une chorégraphie de la rencontre, qui donne de la force, mais qui ne nous fait pas renoncer à la fragilité. La nôtre. Nous, tout seuls, aujourd’hui, emportés dans le glissement incontrôlé des plaques fanatiques, soumis à des appareils idéologiques qui ne disent plus leur nom, plus très sûrs des vérités que nous avons appris, affolés par ce que nous ne savons pas, certains d’en savoir moins à mesure que nous en savons plus. Au bord du chaos ? Peut-être, mais celui « qui permet d’enfanter une étoile qui danse ».
« Tu imagines, dit le naïf, une danse qui ne craindrait pas de mettre au monde ? - Par les temps qui courent ? - Par les temps qui dansent. - Essayons, bientôt le jour se rêve. C.-H.B.

Cette fois c’était il y a quelques jours, je cherchais le titre de mon prochain spectacle.

Je visionnais : "Le jour se lève" avec Jean Gabin. Je déformais le titre en hommage à cette phrase d’Ivan Vaffan : "Quand on est seul on ouvre sur le saignement."

Je fus pris alors d’une envie pressante de raconter mon petit journal intime. Un léger carnet qui se tient toujours au bord de mes souvenirs. Raconter la vie par des gestes cachés dans le corps des passants.

Je me disais : chaque personne serait à même de raconter un petit bout de culture comme une mosaïque chorégraphique dont les artistes pourraient peut-être recoller les morceaux.

Je commençais à écrire fébrilement ces inductions quand la danse se mit elle aussi à rêver dans ma poche... J.-C.G.